Enquête sur la formation aux diagnostics
Infirmiers dans les ifsi
d’Ile de France
Le
groupe de travail est composé de :
Dominique
BOURRIER - formateur école de puériculture RABELAIS
Roselyne
CORDIER - formatrice IFCS AP-HP
Maryse
DARIOUCH - formatrice IFSI Necker AP-HP
Aline
DORDONNAT - formatrice IESCH AP-HP
Catherine
GRILLE - infirmière Henri Mondor AP-HP
Arlette
LORIQUER - formatrice IFSI Paul Brousse AP-HP
Nicole
MAIRESSE - directrice IFSI RUEIL MALMAISON
Catherine
MARIN - cadre expert ARGENTEUIL
INTRODUCTION
Les
diagnostics infirmiers sont enseignés officiellement depuis 1992 et pourtant
les effets de la formation sont encore peu visibles dans les pratiques infirmières.
Le groupe s’est interrogé sur les raisons de cet écart et a choisi, pour une
première étape, d’étudier comment les IFSI de l’Île de France concevaient
l’enseignement des diagnostics infirmiers ?
L’enquête
a été réalisée à l’aide d’un questionnaire testé dans 2 IFSI et réajusté.
Il a été adressé aux directeurs des 61 IFSI de l’Île de France.
Les
questions portent sur :
L’identification
de la population, la taille des IFSI, le nombre de formateurs et les formations
suivies sur le diagnostic infirmier, la nature des diagnostics enseignés et
sur la façon dont l’enseignement est réalisé, le point de vue des directeurs
sur la démarche diagnostique (les capacités développées et les difficultés
rencontrées), les souhaits des équipes pédagogiques.
Les
résultats représentent les réponses de 21 IFSI soit 34,5%.
Objectifs :
Analyser
les problèmes relatifs à l’utilisation des diagnostics infirmiers.
1
- Faire l’état des lieux sur l’enseignement des diagnostics infirmiers en
Île de France.
2
- Recenser les diagnostics enseignés, leur place dans le projet pédagogique,
les liens avec les enseignements des sciences humaines.
3
- Recenser les moyens et méthodes mis en œuvre dans
les IFSI de la région parisienne pour l’enseignement des diagnostics infirmiers.
Le
groupe a choisi 3 axes d’Analyse :
Axe
1 : Le cadre de l’étude
Conformité
à la législation : (cf. décret n°
81-306 du 2 avril 1981 relatif aux études conduisant au diplôme d’Etat d’infirmier
et d’infirmière, modifié par les décrets :
n° 87-1039 du 23 décembre 1987,
n° 88-1076 du 30 novembre 1988,
n° 92-264 du 23 mars 1992).
Conformité
à la réglementation :
q
10 IFSI depuis 1986
q
08 IFSI depuis 1992
q
03 non réponse
Les
questions qui se posent :
Quel
était le contenu des formations ?
Quel
est actuellement le niveau de formation des formateurs ?
Pourquoi
n’y a t-il pas plus de demande de formation ou de renforcement ?
Comment
maintenir l’expertise des formateurs dans ce domaine ?
Il
nous semble indispensable que les formateurs (soignants comme enseignants)
aient la maîtrise, non seulement de la démarche méthodologique, mais aussi
des connaissances et compétences sous-tendues par cette démarche.
NB :
L’ enquête n’a pas exploré les carrières et les compétences
des formateurs.
Axe
2 : Le contenu de la formation initiale
De
10 à 58 D.I. sont enseignés dans 15 établissements, voire « tous »
pour 1 I.F.S.I., la médiane est à 39 (6 IFSI n’ont
pas répondu).
La
répartition sur les 3 années ne montre rien de particulier.
Chaque
équipe a fait un choix sur des critères de :
-
prévalence liée à la discipline enseignée (18)
-
prévalence liée à la spécialité des terrains de stage (7)
-
obligation réglementaire (5)
-
compétence du formateur (5)
-
facilité à enseigner le concept (4)
-
projet de soins de l’établissement de rattachement (1)
Les
temps d’enseignement sont difficiles à cerner car ils dépendent des méthodes
et varient selon les enseignants et les IFSI.
On
repère néanmoins 5 D.I. enseignés (21)
Axe
3 : L’organisation de la formation initiale
Projet
d’enseignement centré sur le D.I. :
12
IFSI sur 21 ont un projet formalisé pour cet enseignement, soit 57%
15
IFSI (dont 9 ont un projet) répartissent l’enseignement sur les 3 années.
Nous
n’avons pas d’éléments suffisamment précis pour décrire la progression dans
l’apprentissage.
Les
questions qui se posent :Pourquoi un projet d’enseignement des D.I. ?
Comment
le mettre en œuvre et l’évaluer ?
Quelle
importance accorde t-on à cet enseignement dans le cursus ?
Quelle
place et quel temps à accorder dans le projet pédagogique ?
Comment
garantir une cohérence et un approfondissement sur les 3 années de formation ?
Qui
décide ? Comment s’organise le travail d’équipe en IFSI ?
Les
moyens choisis pour faire évoluer le processus d’enseignement
1
– Évolution des méthodes
Les
questions qui se posent : Qu’est-ce qu’un cas concret ? Situation réelle
ou situation fictive inspirée d’un cas réel ? Peut-on travailler sur du réel
hors des services, sans les patients et les soignants ? Pourquoi si peu
d’exploitation de cas cliniques en stage ? Qui doit faire cette exploitation ?
Formateur ? Soignant ? d’autres personnes ?
Comment la faire (méthodes, temps, nombre d’étudiants…)?
-
choix de Diagnostic Infirmier prévalent (17)
17
IFSI estiment indispensable de faire le choix de DI prévalent et le font essentiellement
par rapport à la discipline enseignée.
Les
questions qui se posent : Qu’est-ce qu’un D.I. prévalent ?
Prévalent en fonction de quels critères ?
-
utilisation de méthodes interactives (16)
16
IFSI préconisent l’utilisation de méthodes interactives, alors que le cours
magistral est cité 9 fois dans les méthodes utilisées, l’audiovisuel et les
jeux de rôle ne sont cités que 6 fois.
Question
:
Qu’est-ce
qu’une méthode interactive ?
Les
méthodes interactives nécessitent de petits effectifs. Il n’existe pas de
chiffre officiel pour la France, par contre les recommandations européennes
proposent 1 formateur pour 15 étudiants. Dans notre échantillon, le rapport
nombre d’étudiants / nombre d’enseignants s’échelonne de 12,5 à 25,5 (c'est-à-dire
du simple au double) avec une médiane à 16. Il semble que les petites écoles
privées soient les plus mal dotées.
Des
établissements disent travailler « à partir de Plans de Soins Guides »
(6), mais ne précisent pas s’il s’agit de la construction ou de l’utilisation
des supports.
D’autres
demandent aux étudiants de faire une recherche sur documents (5).
2
- évolution de la réflexion pédagogique et développement des compétences
L’accent
est mis sur :
·
La formation des formateurs (16
fois)
·
La réflexion en équipe pédagogique
(14 fois)
·
La collaboration avec le terrain
(13 fois)
·
La mise en place d’une progression
dans l’apprentissage par année de formation (12 fois)
·
Les liens avec les sciences humaines
(12 fois)
·
L’augmentation de la durée d’enseignement
des D.I. (11 fois)
·
L’augmentation du nombre des
D.I. enseignés (10 fois)
Plus
rarement sur :
·
L’audiovisuel (6 fois)
·
Les travaux de recherche (6 fois)
·
Les groupes de travail inter
IFSI (5 fois)
·
Le changement des intervenants
(2 fois)
Jamais
sur :
·
La diminution du nombre des D.I.
enseignés.
Les
questions qui se posent : Ne serait-ce pas un des moyens d’approfondir la
réflexion ? Peut-t-on les retenir comme orientations pour le futur ?
3
- la formation des formateurs
Pour
16 IFSI : tous les enseignants sont formés
Pour
3 IFSI : moins de 50% d’enseignants sont formés
Pour
8 IFSI : renforcement de la formation aux D.I.
Les
questions qui se posent : Quels sont les moyens de formation offerts aux enseignants
? Comment évaluer la maîtrise de la démarche et des outils chez les formateurs ?
NB. : L’étude ne tient pas compte de la mobilité
des enseignants, ni de l’existence d’une auto formation au sein des équipes.
Liens
avec les Sciences Humaines :
15
réponses sur 21 (5 n’ont pas répondu et 10 sont inexploitables)
·
Travail sur des concepts (image
corporelle, de soi…) (4)
·
Élargissement des connaissances
pour une prise en charge globale (3)
·
Atelier de développement personnel
à partir de cas clinique (2)
·
Atelier d’exploitation de stage
à partir de cas clinique
·
Analyse des besoins fondamentaux
·
Compréhension des étiologies
et des signes
Il
nous semble essentiel d’intégrer dans l’analyse des situations des personnes,
les connaissances relatives aux modules d’anthropologie, d’ethnologie, de
psychologie et de sociologie (cf. Module de Sciences Humaines).
Les
questions qui se posent :Comment intégrer les Sciences Humaines dans le raisonnement
diagnostique ? (160 h en 2 modules) Qui est chargé de cet enseignement ?
Qui fait les liens et comment ?
Le
point de vue des directeurs :
17
réponses sur 21
7
sur 17 : ce n’est perçu que comme un exercice d’école. 1 sur 17 : la démarche
est bénéfique pour le patient et est bénéfique pour le soignant.
La
démarche permet de :
Ø
Formaliser le projet de soins
Ø
Avoir un langage commun
Ø
Identifier l’activité de soins
Ø
Faire le lien entre l’école et l’hôpital
Ø
Responsabiliser les professionnels
Elle
permet de développer chez l’étudiant certaines capacités
Ø
Maîtriser la méthodologie de
l’analyse (4)
Ø
Développer le raisonnement clinique
Ø
Développer les capacités à l’entretien
Ø
Augmenter les connaissances
Ø
Donner du sens au rôle propre
Ø
Donner du sens aux Sciences Humaines
Difficultés
exprimées
La
démarche diagnostique est :
Ø
Inadaptée au court séjour
Ø
Plus difficile que les transmissions
ciblées
Ø
Perçue comme un outil d’évaluation
par les étudiants
Ø
N’a pas d’intérêt pour les diagnostics
trop médicaux
Ø
Difficile à investir dans les
unités de soins
Ø
N’est qu’une préoccupation de
l’encadrement.
Les
questions qui se posent :Comment faire pour
que la démarche diagnostique devienne une pratique soignante à part entière ?
Quel modèle professionnel souhaitons-nous adopter ? Sur quelles valeurs
s’appuie-il ?
Quelle
stratégie pouvons-nous proposer pour avancer ? Les directeurs sont-ils
tous convaincus de l’utilité des DI ? Les directeurs sont-ils eux–mêmes
formés ?
Souhaits
exprimés par les équipes pédagogiques :
4 non réponses, 2 sans souhait
Les
questions qui se posent : Quel est le profil des nouveaux professionnels à
la fin de la formation ? Quel est le profil après 2 ans d’activité professionnelle
(niveau minimum de maîtrise de la fonction) ?
CONCLUSION
Il
semble donc important de développer dans la formation initiale, non seulement
des aptitudes méthodologiques au raisonnement diagnostique : recueil
de données, analyse, synthèse, mais aussi les connaissances et compétences
sous-tendues par la démarche de soins : concepts, aptitudes relationnelles,
perception du rôle infirmier et de rendre les étudiants capables de faire
des liens entre ces éléments.
Pour
ce faire, les formateurs souhaitent entrer dans :
-
une dynamique de perfectionnement continu.
-
une réflexion entre IFSI et avec les professionnels de terrain.
-
une homogénéisation des pratiques, des méthodes et des outils à l’échelle
régionale, voire nationale ou internationale.
A
ce jour, le groupe envisage de poursuivre la réflexion sur la mesure des résultats
de la formation sur les diagnostics infirmiers auprès :
1
- des nouveaux professionnels en fin de formation initiale
2
– des infirmier(e)s, après 2 ans d’activité professionnelle.